Le Traversier, Revue Littéraire
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Prudence, prends garde à ton jupon (revue 29)

Texte proposé par Ghislaine Cassiat

S’il avait été fripon
Le vent,
Il aurait galamment relevé son jupon,
Dans l’air chaud de l’été elle n’aurait point dit non
Au bon vent.
Et toute prudence qu’ elle fût
Sûr, ce n’eût été point de refus.
S’il avait été sage
Le vent,
Il aurait doucement éventé son corsage,
Elle l’aurait laissé effleurer son visage
En plein vent.
Et toute décence qu’elle fût
Elle aurait été tout à l’affût.
S’il n’avait été que brise
Le vent,
Il aurait caressé sa peau sous sa chemise,
Le doux son du zéphyr l’aurait alors conquise
Sous l’auvent.
Et toute innocence qu’elle fût
Elle aurait adoré son raffut.
S’il avait été doux alizé
Le vent,
Sa flamme et son audace il aurait attisé,
Et elle aurait rendu plus de mille baisers
Tous fervents.
Et toute ignorance qu’elle fût
Rien n’eut été alors trop profus.

Mais il est devenu mauvais
Le vent,
Tandis que sagement de lui elle rêvait,
Son jupon son corsage lestement il enlevait
En coup de vent.
Et toute clairvoyance qu’elle fût
Tout devint vite très confus.
Lors il souffla la tempête
Le vent,
Il s’engouffra bruyant dedans sa pauvre tête
Sous ses reins sous ses seins, elle criait arrête
Dorénavant !
Et toute bienveillance qu’elle fût
Ses longs doigts devinrent tout griffus.

S’est mué en ouragan
Le vent
En typhon tout puissant en cyclone arrogant
Il l’a clouée au sol en soufflant divagant
Hurle vent.
Et toute élégance qu’elle fût
On l’a trouvée nue dans l’herbe touffue.
Oh comme elle l’a maudit
Le vent
Qui l’avait couchée là et fouettée ce jeudi,
Ce diable virulent, ce démon de midi
Dépravant.
Et toute indulgence qu’elle fût
Que soit honni ce vent Belzébuth !

Plus jamais ne sera éprise
Du vent,
Car jupon soulevé galamment sous la brise
Las ! emporte la fleur déchirée par la bise
Vole au vent.
Et toute romance qu’elle fut
La proie du vent ne sera jamais plus.

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