Le Traversier, Revue Littéraire

L’Almée (revue 25)

Texte proposé par Maryse Perrot

Je suis l’almée
Danseuse nubienne
On me dit prostituée
Et Le Caire m’a bannie
On me trouve à Esneh
Sur la rive du Nil
Ici je suis libre
Et fume le narghilé
Chargé du tombak
Qui me fait chavirer.

Je danse follement
Et mes voiles tombent
Je suis nue, le cou serré
D’un collier de grains d’or
Sur mon bras droit
Sont tatoués des signes bleus
Nul n’en peut percer le mystère
Un verset du Coran ?
C’est mon unique secret
Que je préserve jalousement.

Phébus dore le Nil
Son onde bienfaisante arrose
Dans les champs du Fayoum
Le lotus et la rose
Dont les parfums enivrent
Les voyageurs égarés
Mes amants s’abreuvent
A ma brûlante volupté
De poison et de miel mêlés
Délices cruels et adorés

Je danse follement
Et je chante aussi
Dans la fraîcheur du soir
Au son envoûtant du luth
Ma voix s’élève vers les nues
Mélodie lancinante
Sur des vers d’Omar Khayyam
Poète persan que je vénère
Et que tous écoutent avec ferveur
Jusqu’aux roses lueurs de l’aube.

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