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	<title>Le Traversier - revue litt&#233;raire</title>
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		<title>Le Traversier - revue litt&#233;raire</title>
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		<title>Les lettres en font toute une histoire</title>
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		<dc:date>2026-04-02T08:02:27Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>H&#233;l&#232;ne Sanchez-Bassi&#233;</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Jets d'encre 18,95&#8364;
&lt;br class='autobr' /&gt;
L'observation d'une girouette agit&#233;e par les bourrasques de l'Autan a suffi pour que naisse le texte &#171; Bon vent ! &#187;, peu &#224; peu suivi par vingt-cinq autres r&#233;cits qui composent l'ab&#233;c&#233;daire intitul&#233; : Les lettres en font toute une histoire. Inspir&#233;e par la forme ou par la sonorit&#233; de certaines majuscules, j'ai pris un grand plaisir &#224; r&#233;diger ces textes pleins d'enfance, de nature, d'aventures, d'amour, d'humour et de po&#233;sie.
&lt;br class='autobr' /&gt;
Tous laissent d&#233;couvrir un message discret, porteur de valeurs (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://letraversier.fr/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;Publications&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Jets d'encre 18,95&#8364;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_145 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://letraversier.fr/local/cache-vignettes/L353xH500/abecedairecov1red-7e33a.jpg?1775116970' width='353' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'observation d'une girouette agit&#233;e par les bourrasques de l'Autan a suffi pour que naisse le texte &#171; Bon vent ! &#187;, peu &#224; peu suivi par vingt-cinq autres r&#233;cits qui composent l'ab&#233;c&#233;daire intitul&#233; : Les lettres en font toute une histoire. Inspir&#233;e par la forme ou par la sonorit&#233; de certaines majuscules, j'ai pris un grand plaisir &#224; r&#233;diger ces textes pleins d'enfance, de nature, d'aventures, d'amour, d'humour et de po&#233;sie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tous laissent d&#233;couvrir un message discret, porteur de valeurs humaines essentielles. Certains abordent des th&#232;mes d&#233;licats, toujours trait&#233;s avec bienveillance, comme l'adoption, la guerre ou le handicap.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai souhait&#233; non seulement que cet ouvrage nourrisse l'imaginaire des enfants, la r&#233;flexion des pr&#233;-adolescents et de tous ceux qui ont grandi, mais surtout qu'il soit un moyen de transmission entre l'adulte et l'enfant, un moment de partage et de connivence autour du plaisir que peut offrir la lecture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'elle vous soit agr&#233;able et porteuse de connaissances.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Premier prix Concours A haute voix 2025</title>
		<link>http://letraversier.fr/spip.php?article1120</link>
		<guid isPermaLink="true">http://letraversier.fr/spip.php?article1120</guid>
		<dc:date>2026-04-01T12:49:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Leroy</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#8211; Ne quittez pas, Police Secours va vous r&#233;pondre. La main droite avait soulev&#233; le r&#233;cepteur de bak&#233;lite noire, pour le porter &#224; l'oreille gauche (c'&#233;tait une personne dyslexique). - Ne quittez pas, Police Secours va vous r&#233;pondre. Cette fois-ci, l'oreille avait bien compris. Le petit choc du r&#233;cepteur contre la boucle d'oreille produisit un tintement bizarre, produit du rapprochement contre nature de l'or dix-huit carats et du plastique ordinaire. Un deuxi&#232;me petit choc se produisit bient&#244;t (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://letraversier.fr/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;Concours &#224; haute voix&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ne quittez pas, Police Secours va vous r&#233;pondre. &lt;br class='autobr' /&gt;
La main droite avait soulev&#233; le r&#233;cepteur de bak&#233;lite noire, pour le porter &#224; l'oreille gauche (c'&#233;tait une personne dyslexique). &lt;br class='autobr' /&gt; - Ne quittez pas, Police Secours va vous r&#233;pondre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette fois-ci, l'oreille avait bien compris. Le petit choc du r&#233;cepteur contre la boucle d'oreille produisit un tintement bizarre, produit du rapprochement contre nature de l'or dix-huit carats et du plastique ordinaire. Un deuxi&#232;me petit choc se produisit bient&#244;t d'o&#249; on pouvait en d&#233;duire que la personne souffrait d'un l&#233;ger Parkinson. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ici Police Secours. Bonjour ! &#8230; &#8230;. &#8230;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;cepteur fut un instant &#233;cart&#233; de l'oreille et on entendit un souffle bruyant, ce qui semblait indiquer que l'appelant &#233;tait asthmatique. &lt;br class='autobr' /&gt; - La Police nationale recrute. Dans le cadre du 9&#176; plan Loobor de lutte contre le ch&#244;mage, la Police nationale vous offre des postes de gardien de la paix&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant que l'oreille gauche &#233;coutait les offres d'emplois de la Police nationale, le bruit du volet en train d'&#234;tre fractur&#233; parvenait &#224; l'oreille droite. Crrr&#8230;cr.. troc, faisait le volet en train d'&#234;tre fractur&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; - &#8230; Ces postes n&#233;cessitent une bonne pratique de la bicyclette&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tric ! Cr&#8230; crr&#8230; . C'&#233;tait la plainte du pied de biche, le soir au fond des voies (priv&#233;es). En fait la sc&#232;ne se passait impasse du Grand-cerf. &lt;br class='autobr' /&gt; - Les personnes int&#233;ress&#233;es par ces propositions doivent avoir moins de 65 ans, savoir lire une bande dessin&#233;e, &#233;crire leur nom et compter jusqu'&#224; sept (cas du retrait des sept points du permis). &lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;cepteur noir retomba violemment sur son socle de m&#234;me couleur. Le bruit produit, amplifi&#233; par le Sonotone, heurta d&#233;sagr&#233;ablement le canal de Sylvius dans lequel il finit par sombrer. A l'ext&#233;rieur le travail avait provisoirement cess&#233;. Le cambrioleur devait reprendre son souffle. Sans doute travaillait-il tr&#232;s dur, pensant que toute peine m&#233;ritait salaire.&lt;br class='autobr' /&gt; &#8230; &#8230; (silence amplifi&#233; par le Sonotone)&lt;br class='autobr' /&gt;
La main bagu&#233;e de plusieurs gros solitaires, qui ne l'&#233;taient donc plus, la main droite reprit le r&#233;cepteur. L'index pointa sans h&#233;sitation sur le un, puis sur la touche sept. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tric, crac&#8230; tac !&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'&#233;tait remis &#224; l'&#339;uvre. C'&#233;tait sans doute un de ces intermittents de la cambriole qui, oblig&#233; de travailler un minimum de deux cents heures dans l'ann&#233;e, avait choisi le mois d'ao&#251;t pour accumuler ses droits. L'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, devant la difficult&#233; d'accomplir deux cents heures de ce travail harassant et, la plupart du temps, mal r&#233;compens&#233;, il avait &#233;t&#233; question d'une gr&#232;ve illimit&#233;e des artistes monte-en-l'air. Mais le lobby des compagnies d'assurance &#233;tait intervenu tr&#232;s vigoureusement aupr&#232;s du gouvernement. Le PDG de la soci&#233;t&#233; Yaksa avait clairement exprim&#233; que son entreprise serait bient&#244;t en d&#233;p&#244;t de bilan. En effet, faute de menace de cambriolage, la plupart des clients ne renouvelleraient pas leur contrat d'assurance habitation. Dieu merci, on n'en &#233;tait pas encore l&#224; ! La preuve en &#233;tait ce besogneux du pied de biche qui se produisait avec d&#233;termination, au fond de cette impasse de la banlieue parisienne. &lt;br class='autobr' /&gt; - Le nouveau service de t&#233;l&#233;surveillance de la Police nationale est d&#233;sormais propos&#233; aux particuliers. Profitez de notre offre promotionnelle d'installation gratuite. Comparez nos prix. Demandez un devis au commissariat de votre quartier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;cepteur, lanc&#233; violemment &#224; travers le s&#233;jour avait entra&#238;n&#233; le t&#233;l&#233;phone &#224; sa suite. Le Sonotone r&#233;gl&#233; sur la position &#171; Maxi &#187;, on pouvait entendre, dans un gr&#233;sillement :&lt;br class='autobr' /&gt; - Police Secours &#224; votre service. Appuyez sur la touche &#171; &#233;toile &#187; de votre t&#233;l&#233;phone. En cas de viol simple, faites le un. En cas de viol dit &#171; tournante &#187;, faites le deux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le l&#233;ger bruit ext&#233;rieur permettait de constater que l'intermittent poursuivait patiemment son ingrate besogne, pensant sans doute &#224; la grande pr&#233;carit&#233; qui le mena&#231;ait quotidiennement. Le r&#233;cepteur une fois r&#233;cup&#233;r&#233;, l'oreille s'y colla rageusement. Fatigu&#233;e d'&#233;couter et la plainte du pied de biche et la voix synth&#233;tique de Police Secours, l'oreille gauche d&#233;cida de se concentrer uniquement sur cette derni&#232;re. Quant &#224; l'oreille droite, priv&#233;e de tout appareil amplificateur, elle servait surtout pour la sym&#233;trie, la d&#233;coration et le port des lunettes, ces lunettes &#233;gar&#233;es au milieu du s&#233;jour, que les deux yeux myopes avaient renonc&#233; &#224; chercher plus longtemps. Dans ces conditions, il &#233;tait tr&#232;s difficile de se rendre compte de ce qui se passait vraiment dans la maison. &lt;br class='autobr' /&gt; - Soucieuse d'am&#233;liorer sans cesse son service &#224; la population, Police Secours va vous r&#233;pondre. Si vous disposez d'un t&#233;l&#233;phone &#224; touches, suivez nos instructions. Sinon, nous vous donnons rendez-vous au commissariat le plus proche de votre domicile. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un violent cliquetis indiqua que les bracelets s'entrechoquaient &#224; la suite de mouvements brusques de l'avant-bras droit.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; S'il s'agit d'un incendie, tapez trois, pour une fuite de gaz, tapez quatre. Si vous &#234;tes victime d'une attaque &#224; main arm&#233;e, tapez di&#232;se. Vous avez bien tap&#233; di&#232;se. S'il s'agit d'une attaque &#224; l'arme blanche, faites le un, si c'est par arme &#224; feu, faites le deux. En cas de doute, appuyez sur les deux touches &#224; la fois. &#8230; &lt;br class='autobr' /&gt; &#8230; Vous &#234;tes dans le doute. Police Secours peut vous aider. Mettez vos lunettes. Que voyez-vous ? Quelle est l'arme que votre agresseur utilise ? Si vous n'&#234;tes pas encore certain, et que votre agresseur semble communiquant, demandez-lui poliment et tapez un. Sinon, tapez lui dessus en attendant notre intervention. ... &lt;br class='autobr' /&gt; &#8230; Police Secours vous remercie de votre appel et esp&#232;re avoir le plaisir de vous &#233;couter une prochaine fois sur nos lignes t&#233;l&#233;phoniques. &#8230; &lt;br class='autobr' /&gt; Pour r&#233;&#233;couter notre offre promotionnelle, faites &#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un double cliquetis de bracelets indiqua que les bras lui en &#233;taient tomb&#233;s. Elle monta l'escalier pour v&#233;rifier que le tiroir de sa table de nuit avait bien &#233;t&#233; vid&#233; de tous ses billets, sa carte de cr&#233;dit et ses bijoux de famille. En redescendant, elle constata que la porte de la cuisine battait : le cambrioleur n'avait m&#234;me pas eu la politesse de la refermer. Cela aussi, il faudra qu'elle le signale dans sa plainte &#224; la police. C'est &#224; ce moment-l&#224; qu'elle entendit la sir&#232;ne jouer sa musique triste en s'approchant de sa maison. En m&#234;me temps elle aper&#231;ut une lumi&#232;re bleue qui s'&#233;tait mise &#224; tournoyer dans le salon. Un doute la saisit : allait-elle devoir payer pour ce spectacle &#171; Son et Lumi&#232;re &#187; que lui offrait la Police nationale ? Et vous, lecteur, qu'en pensez-vous ?
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pour le savoir, tapez un. Pour arr&#234;ter la lecture de ce texte extravagant, tapez deux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Troisi&#232;me prix du Concours 2024</title>
		<link>http://letraversier.fr/spip.php?article1086</link>
		<guid isPermaLink="true">http://letraversier.fr/spip.php?article1086</guid>
		<dc:date>2025-09-27T08:11:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Magali Jakob Lou&#233;</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le pigeon Bob &#233;tait laveur de carreaux &#224; Manhattan. Petit homme rond, toujours en salopette, Bob aimait les hauteurs. Il s'&#233;vertuait &#224; faire briller les tours, il chassait les traces de pluie, la poussi&#232;re, la pollution, les marques diverses et vari&#233;es. Il abhorrait les fientes et encore plus les oiseaux dont il se m&#233;fiait comme de la peste. Une apr&#232;s-midi, sur une nacelle suspendue &#224; une centaine de m&#232;tres de hauteur, Bob avait re&#231;u la visite d'un pigeon. Pas un pigeon gris habituel, non : un pigeon (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://letraversier.fr/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;Concours &#224; haute voix&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le pigeon&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Bob &#233;tait laveur de carreaux &#224; Manhattan.&lt;br class='autobr' /&gt;
Petit homme rond, toujours en salopette, Bob aimait les hauteurs. Il s'&#233;vertuait &#224; faire briller les tours, il chassait les traces de pluie, la poussi&#232;re, la pollution, les marques diverses et vari&#233;es. Il abhorrait les fientes et encore plus les oiseaux dont il se m&#233;fiait comme de la peste. Une apr&#232;s-midi, sur une nacelle suspendue &#224; une centaine de m&#232;tres de hauteur, Bob avait re&#231;u la visite d'un pigeon. Pas un pigeon gris habituel, non : un pigeon blanc et marron, comme si celui-ci avait pris un bain de cappuccino avant de venir rendre visite &#224; Bob pour le narguer. Bob d&#233;testait le caf&#233;. Il avait bien essay&#233; d'en boire pour faire comme tout le monde, mais la simple odeur du liquide noir lui donnait la naus&#233;e. Ce pigeon-l&#224; avait donc la mauvaise couleur. Celle du vomi. Bob voulut imm&#233;diatement chasser le maudit volatile. Il tendit une jambe pour l'effrayer, le pigeon ne bougea pas. Il agita les bras, en tentant de ne pas faire trembler toute la nacelle, le pigeon ne bougea pas. Il cria au pigeon de s'en aller, le pigeon ne bougea pas. Bob vit le pigeon s'envoler bri&#232;vement pour venir se poser sur son &#233;paule droite. Un v&#233;ritable cauchemar. Son ennemi jur&#233;, sur lui. Lui, Bob Trump. Un outrage. Le pigeon le regarda, d'un &#339;il. Il picora innocemment une petite miette de sandwich sur l'&#233;paule de Bob, puis le fixa &#224; nouveau. Le pigeon inclina la t&#234;te, comme pour comprendre ce qui se tramait dans la t&#234;te de son nouveau perchoir. Si le pigeon avait &#233;t&#233; t&#233;l&#233;pathe, il se serait imm&#233;diatement envol&#233;. Mais le pigeon n'ayant absolument aucun don pour lire les pens&#233;es humaines, il d&#233;cida qu'il aimait bien Bob. Il aimait ses miettes de sandwich au pastrami.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bob n'&#233;tait pas homme &#224; se laisser marcher sur l'&#233;paule sans r&#233;agir. Il empoigna un cracker au fromage dans sa poche et le lan&#231;a dans le vide. Le pigeon regarda le cracker dispara&#238;tre, puis fixa Bob. Bob adorait les crackers au fromage. Il eut un pincement au c&#339;ur de savoir que personne ne se r&#233;galerait de celui qu'il venait de jeter en p&#226;ture &#224; la Cinqui&#232;me Avenue. T&#234;tu, Bob renouvela son geste, mais cette fois, il jeta le pr&#233;cieux cracker sur la nacelle. Le pigeon regarda Bob. Puis le cracker. Puis Bob. Puis picora une miette de pastrami. Soudain, le volatile s'envola. Il s'empara du cracker et revint se poser sur Bob. Il choisit la t&#234;te, pour &#234;tre un peu plus haut. Bob s'empourpra. Il ne voulut pas se mettre &#224; gesticuler, parce qu'il savait que le risque de basculer &#233;tait trop grand.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait arriv&#233; &#224; son coll&#232;gue Jimmy, deux ans auparavant. Jimmy avait laiss&#233; deux enfants en bas &#226;ge derri&#232;re lui. Bob n'avait pas d'enfants, mais quand m&#234;me. Bob avait un chien, un golden retriever qu'il adorait. Il se dit qu'il faudrait parler au pigeon comme &#224; son compagnon &#224; quatre pattes, pour que le volatile comprenne. Bob se racla la gorge et s'adressa donc au pigeon couleur vomi. &#171; Pigeon. Salut. Moi, c'est Bob. &#201;coute. On est &#224; cent m&#232;tres de haut, l&#224; tu vois. Alors OK, toi tu as des ailes, tu t'en fous, tu peux voler. Mais moi pas, regarde. &#187; Bob bougea mollement les bras. &#171; L&#224; moi, si je m'&#233;nerve et que je tombe, h&#233; bah je meurs. Et pis alors, je meurs pas joli joli, quoi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'&#233;crase sur le sol, et tout. Mon cerveau s'&#233;tale, ce sera rouge partout, c'est d&#233;gueulasse, tu comprends ? Imagine, en plus, si des enfants voient &#231;a ? Pire, si je tombe sur les enfants ? Deux, trois morts d'un coup ? Non non. On peut pas faire &#231;a, Pigeon. Alors voil&#224; le plan. L&#224; tu descends tranquillement de ma t&#234;te. Je te redonne un cracker, et puis tu files, tu vois ? Tu vas&#8230; Je sais pas moi, faire un tour &#224; Central Park ? &#199;a te va ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pigeon avait &#233;cout&#233; religieusement le discours de Bob. Il semblait r&#233;fl&#233;chir. Le volatile s'envola doucement et se pla&#231;a face &#224; Bob sur le rebord de la nacelle. Il le regarda. Bob, quelque peu incr&#233;dule, sortit tr&#232;s doucement un cracker de sa poche puis le tendit au pigeon, du bout des doigts. Le pigeon fixa Bob, d'un regard presque intelligent. Il inclina d&#233;licatement le bec vers le cracker et le grignota jusqu'&#224; ce qu'il n'en reste rien. Il lan&#231;a un dernier regard vers Bob, puis s'envola en direction de Central Park. Bob ne quitta pas le volatile des yeux, jusqu'&#224; ce que celui-ci se confonde avec le paysage. Bob resta silencieux toute l'apr&#232;s-midi. En temps normal, il chantonnait volontiers. Mais ce jour-l&#224;, il ressentit une solitude toute particuli&#232;re. Comment se faisait-il qu'un pigeon ait pu le comprendre, alors que les humains passaient &#224; c&#244;t&#233; de lui sans le voir ? Manhattan pouvait &#234;tre violente pour les gens comme Bob Trump. La vie n'&#233;pargnait pas le petit personnel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bob d&#233;plorait certes depuis longtemps le peu de consid&#233;ration que la soci&#233;t&#233; lui accordait, mais il avait aussi fini par s'y habituer. Ce pigeon lui avait fait se demander s'il &#233;tait normal de ne pas se sentir consid&#233;r&#233;, d'&#234;tre mal jug&#233;, s'il &#233;tait normal de se faire chasser d'un revers de la main sans raison valable. Ce pigeon avait raviv&#233; en lui une flamme d'humanit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce jour-l&#224;, Bob rentra chez lui anim&#233; d'une profondeur in&#233;dite. Il se r&#233;jouissait de retrouver son chien ador&#233; ; et tandis qu'il tournait la clef dans la serrure de son petit appartement de Brooklyn, Bob prenait plaisir &#224; imaginer les retrouvailles avec son ami poilu, comme chaque soir &#224; la m&#234;me heure. Lorsque la porte s'entreb&#226;illa, le chien se jeta avec entrain sur son ma&#238;tre, lui ass&#233;nant au passage de m&#233;morables l&#233;chouilles joyeusement baveuses. Les deux comp&#232;res se nourrissaient du bonheur d'&#234;tre r&#233;unis. Tout &#224; coup, par la fen&#234;tre du salon, que Bob laissait toujours entrouverte par temps clair, un volatile fit irruption pour venir se poser sur le rebord de la table.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait un pigeon.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait le pigeon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le chien n'aboya pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le volatile avait quelque chose dans son bec. Il sautilla pour s'approcher de Bob.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bouche b&#233;e, Bob Trump tendit instinctivement la main. Le pigeon y atterrit apr&#232;s deux battements d'ailes, et y d&#233;posa un cracker. Le pigeon regarda Bob. Le pigeon regarda le chien. Puis repartit comme il &#233;tait venu. Bob regarda le cracker, le renifla. Un cracker au fromage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bob se sentit anim&#233; d'un espoir nouveau, il eut envie de d&#233;placer des montagnes, de rendre l'impossible possible. Si un pigeon pouvait le comprendre, le monde le pourrait aussi. Il d&#233;posa le cracker dans sa plus belle assiette qu'il pla&#231;a comme une relique au centre de la table, sortit la laisse du chien, et partit conqu&#233;rir New York.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Deuxi&#233;me prix du concours 2024</title>
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		<dc:date>2025-08-03T08:18:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Dessenne</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Nono le pitre &lt;br class='autobr' /&gt;
Il m'est arriv&#233; une histoire incroyable aujourd'hui. Assis &#224; une terrasse de caf&#233;, je reconnais Pierre, un camarade que je n'ai pas vu depuis&#8230; trente ans ! Aussit&#244;t, je m'installe &#224; sa table et nous engageons une conversation d&#233;licieuse. Nous &#233;voquons rapidement nos vies actuelles avant de nous attarder sur l'essentiel, le bon vieux temps ! Mille doux souvenirs nous reviennent &#224; l'esprit&#8230; et nous en venons &#224; parler d'Arnaud, Nono le Pitre. Tu te souviens, me dit Pierre, Mme Picopale, la (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://letraversier.fr/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;Concours &#224; haute voix&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nono le pitre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'est arriv&#233; une histoire incroyable aujourd'hui. Assis &#224; une terrasse de caf&#233;, je reconnais Pierre, un camarade que je n'ai pas vu depuis&#8230; trente ans ! Aussit&#244;t, je m'installe &#224; sa table et nous engageons une conversation d&#233;licieuse. Nous &#233;voquons rapidement nos vies actuelles avant de nous attarder sur l'essentiel, le bon vieux temps ! Mille doux souvenirs nous reviennent &#224; l'esprit&#8230; et nous en venons &#224; parler d'Arnaud, Nono le Pitre.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tu te souviens, me dit Pierre, Mme Picopale, la prof de musique en 3&#232;me, elle &#233;tait toujours en retard ! Un jour, Nono lui a demand&#233; un billet de retard, il a dit que sur une carri&#232;re, 5 minutes de retard &#224; chaque cours, &#231;a fait 1 800 heures vol&#233;es &#224; la R&#233;publique ! Il avait d&#251; entendre &#231;a &#224; la maison, non ? Il a pris trois jours, je crois !
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et le FLS, Front de lib&#233;ration des souris, cr&#233;&#233; par Nono ? Il &#233;tait persuad&#233; qu'il y avait des souris au labo de sciences nat', il fallait les lib&#233;rer avant qu'elles soient tortur&#233;es en classe. Le laborantin s'absentait toujours pour fumer, il laissait tout ouvert&#8230; Nono y est all&#233; pendant qu'on faisait le guet&#8230; il n'a pas trouv&#233; de souris dans le labo&#8230; alors, pour pas perdre la face, il en a apport&#233; cinq la semaine suivante, il les a l&#226;ch&#233;es dans la salle de Mme Gary. Elle a failli faire un malaise ! Mais bon, une prof de sciences nat' qui a peur des souris !&lt;br class='autobr' /&gt; - Le pire, rench&#233;rit Pierre, c'est quand un jour il lan&#231;ait des cailloux sur les voitures qui passaient pr&#232;s de la cour. Un homme en grosse berline est all&#233; voir le Principal parce qu'il avait pris une pierre sur sa bagnole. On a &#233;t&#233; convoqu&#233;s ! Nono a assum&#233; fi&#232;rement : &#171; C'est la belle auto noire ? Oui, c'est moi qui l'ai eue ! Et pourtant, j'&#233;tais vachement loin ! &#187; En entendant &#231;a, le conducteur s'est sauv&#233; sans demander son reste, il a souhait&#233; bon courage au Principal !
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je me souviens, dis-je, au Louvre en 4&#232;me, avec M. Maillard qui expliquait le sacre de Louis XIV devant un tableau. Nono s'est carr&#233;ment foutu du roi : &#171; Le mec, il a des chaussures de gonzesse ! Ah, le bouffon ! &#187; Le pire pour Maillard, c'est qu'une femme lui a demand&#233; si au moins il &#233;tait bien pay&#233; pour supporter &#231;a comme un martyr, elle lui a parl&#233; de sacerdoce&#8230; Dire &#231;a &#224; Maillard, le plus anticl&#233;rical des profs !
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Chaque ann&#233;e, c'est Nono qui battait le record de colles. Je le vois encore arriver au coll&#232;ge &#224; v&#233;lo le mercredi apr&#232;s-midi&#8230;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Oui ! Il racontait &#224; ses parents qu'il allait voir des copains. Il signait les mots &#224; la place de sa m&#232;re pour lui &#233;viter de se faire du souci.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C'est s&#251;r que &#231;a a d&#251; fortement baisser la charge mentale de ses parents. Tous les gamins devraient en faire autant !
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; En seconde, en latin, les cours, c'&#233;tait le soir tard, on &#233;tait souvent &#233;nerv&#233;s. Alors, M. Solent a dit un jour qu'il avait eu les &#233;loges du provi pour nous supporter. Nono a r&#233;pondu : &#171; C'est normal ! Asinus asinum fricat ! &#187; Il a eu de tr&#232;s gros probl&#232;mes, il a failli avoir un conseil de discipline, lui qui &#233;tait pourtant un g&#233;nie en latin !
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et en philo, en terminale ! Nono avait un vieux magn&#233;to &#224; piles sur les genoux. Il avait enregistr&#233; sur une cassette des extraits de discours. Le prof demandait toujours si on avait compris&#8230; Alors, tout &#224; coup on a entendu de Gaulle : &#171; Je vous ai compris ! &#187; Et Nono a cri&#233; &#171; T'es bien le seul ! &#187; puis silence. J'entends encore le prof demander : &#171; Qui a fait &#231;a ? &#187; Personne n'a balanc&#233;, &#233;videmment. Puis on a entendu Churchill r&#233;pondre en fran&#231;ais : &#171; C'est moi Churchill, qui vous parle ! &#187; La t&#234;te du prof ! &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Trop dr&#244;le ! Je crois que les profs ont du mal avec ce genre de bouffons intelligents. C'&#233;tait un excellent &#233;l&#232;ve sans travailler !
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Moi, continue Pierre, j'&#233;tais avec lui &#224; la fac en sciences &#233;co. En 3&#232;me ann&#233;e, Nono a fait un coup pendable ! L'amphi &#233;tait plein &#224; craquer pour le cours de macro&#233;conomie de M. Beno&#238;t Desmaretz. Nono s'&#233;tait grim&#233; en fille, avec perruque blonde grotesque, robe blanche affligeante et maquillage grossier. Alors que le cours &#233;tait commenc&#233;, il a descendu bruyamment l'escalier en faisant claquer le plus possible ses talons. Desmaretz a arr&#234;t&#233; son cours, il &#233;tait m&#233;dus&#233;, il a regard&#233; sans rien dire cette grande blonde venir &#224; lui&#8230; Nono s'est approch&#233;, il a d&#233;ploy&#233; un slip blanc immense qu'il a pos&#233; sur le bureau du prof, il a dit &#224; Desmaretz, tr&#232;s haut afin que tout le monde entende : &#171; Tiens, Beno&#238;t, t'as oubli&#233; &#231;a chez moi hier ! &#187; Fou rire g&#233;n&#233;ral ! Nono a fui vers la sortie aussi vite que lui permettaient ses talons et sa robe. Desmaretz &#233;tait fou de rage ! Il a hurl&#233; : &#171; On se retrouvera ! &#187; Nono la grande blonde s'est retourn&#233;, il a r&#233;pondu : &#171; Mais j'y compte bien, Beno&#238;t. Tu sais o&#249; j'habite ! &#187; Le cours n'a pas pu reprendre ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ris de bon c&#339;ur &#224; cette fac&#233;tie d'Arnaud que je ne connaissais pas. Je demande &#224; Pierre s'il sait ce qu'il est devenu ensuite. Moi, je l'ai perdu de vue. Pierre prend un air tr&#232;s grave et j'imagine le pire. Puis il me dit : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Que veux-tu ? Tu connais Nono ? Il a toujours eu la passion d'emmerder les profs alors&#8230; il continue ! Il est devenu inspecteur d'Acad&#233;mie ! &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Nono le Pitre inspecteur d'Acad&#233;mie ! Ah ! Quelle bonne blague !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Maurice Denis, une vie d'artiste</title>
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		<dc:date>2025-03-30T09:05:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Serge Dutfoy</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Toute existence est digne de devenir un roman - en particulier celle des artistes qui sont des &#234;tres bien singuliers ! Comment mieux que par l'illustration retracer les &#233;pisodes marquants v&#233;cus par un peintre, suivre ses aventures, percer ses secrets ? Cette histoire, racont&#233;e par un arbre v&#233;n&#233;rable, en dialogue avec un malicieux &#233;cureuil, nous conduit sur le chemin de la vie de Maurice Denis (1870-1943), illustre personnage aux multiples talents, en suivant ses traces &#224; Saint-Germain-en-Laye o&#249; se (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://letraversier.fr/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;Publications&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_141 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://letraversier.fr/local/cache-vignettes/L352xH500/mdenismini-c457e.jpg?1743325554' width='352' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Toute existence est digne de devenir un roman - en particulier celle des artistes qui sont des &#234;tres bien singuliers ! Comment mieux que par l'illustration retracer les &#233;pisodes marquants v&#233;cus par un peintre, suivre ses aventures, percer ses secrets ? Cette histoire, racont&#233;e par un arbre v&#233;n&#233;rable, en dialogue avec un malicieux &#233;cureuil, nous conduit sur le chemin de la vie de Maurice Denis (1870-1943), illustre personnage aux multiples talents, en suivant ses traces &#224; Saint-Germain-en-Laye o&#249; se trouve aujourd'hui son mus&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Serge Dutfoy, ancien professeur agr&#233;g&#233; en arts plastiques, est l'auteur de plusieurs albums de bandes dessin&#233;es, et le maquettiste des couvertures du Traversier depuis 2013. Fabienne Stahl, docteure en histoire de l'art, est attach&#233;e de conservation au mus&#233;e d&#233;partemental Maurice Denis &#224; Saint-Germain-en-Laye, et elle dirige conjointement le catalogue raisonn&#233; des peintures de Maurice Denis (&#224; para&#238;tre aux &#233;ditions Flammarion). &lt;br class='autobr' /&gt;
(&#224; partir de 7 ans).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Premier prix du concours 2024</title>
		<link>http://letraversier.fr/spip.php?article1049</link>
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		<dc:date>2025-03-29T13:15:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Isabelle Armanelli</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le soleil de No&#235;l &lt;br class='autobr' /&gt;
Je descends la colline de Fontvielle, mon sac de farine sur le dos. Aujourd'hui c'est un grand jour et mon fardeau me para&#238;t plus l&#233;ger que d'habitude. Le soleil lui, ne se doute de rien, et &#224; mesure que je descends, il se l&#232;ve de derri&#232;re le moulin, comme tous les jours. &lt;br class='autobr' /&gt;
Arriv&#233; au bord de la truffi&#232;re, j'aper&#231;ois Marius, lou cassa&#239;re [Kassa&#239;r&#233;] avec son &#233;pagneul. Il parle pas beaucoup Marius mais, c'est un brave type. Il se prom&#232;ne toujours avec son fusil. Je soup&#231;onne m&#234;me qu'il dort (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://letraversier.fr/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;Concours &#224; haute voix&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le soleil de No&#235;l&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je descends la colline de Fontvielle, mon sac de farine sur le dos. Aujourd'hui c'est un grand jour et mon fardeau me para&#238;t plus l&#233;ger que d'habitude. Le soleil lui, ne se doute de rien, et &#224; mesure que je descends, il se l&#232;ve de derri&#232;re le moulin, comme tous les jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; au bord de la truffi&#232;re, j'aper&#231;ois Marius, lou cassa&#239;re [Kassa&#239;r&#233;] avec son &#233;pagneul. Il parle pas beaucoup Marius mais, c'est un brave type. Il se prom&#232;ne toujours avec son fusil. Je soup&#231;onne m&#234;me qu'il dort avec ! Il a pris des perdreaux et il descend les offrir &#224; Augustine. Mais avant, il les a attach&#233;s &#224; sa ceinture pour que tout le village les voie. Il faut dire qu'il est fier Marius. Toujours bien mis, avec sa veste en cuir marron aux deux mille poches, toujours bien propre et le col de la chemise blanche qui d&#233;passe. Il a aussi un beau chapeau avec une plume de faisan sur le c&#244;t&#233;. Les filles l'aiment bien Marius. Je crois qu'Augustine aussi&#8230; L'uniforme de chasseur et puis, le myst&#232;re de son silence, je crois que c'est &#231;a qui leur pla&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, je suis qu'un meunier. Avec mon bonnet rouge et mon gilet bleu, mon ventre qui tombe au-dessus de ma taillole et mon pantalon toujours blanc de farine, c'est s&#251;r qu'elles me trouvent moins &#224; leur go&#251;t. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis, je parle trop. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais peu importe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Moi, j'en veux qu'une de fille et elle, &#231;a la d&#233;go&#251;te pas la farine. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je la rencontre parfois au moulin, ou sur le chemin du village, mais toujours, dans ses gestes, je vois de l'affection, peut-&#234;tre m&#234;me de l'amour ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand elle est l&#224;, j'oublie le poids de mon sac et la farine qui me gratte les yeux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais pour l'instant, je dois attendre. Elle arrivera vite mais, quand m&#234;me, je me languis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233; du chemin, il y a Paul. Le ravi. Il l&#232;ve ses bras au ciel comme d'habitude et il contemple les &#233;toiles dor&#233;es, m&#234;me en plein soleil. &lt;br class='autobr' /&gt;
Certains l'appellent &#171; l'idiot du village &#187;. J'ai m&#234;me vu des petits couillons, lui lancer des pierres une veille de No&#235;l. &lt;br class='autobr' /&gt;
Peuch&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allez, c'est vrai qu'il est peut-&#234;tre pas le plus malin mais, Paul, c'est pas un imb&#233;cile. Il est pas b&#234;te et m&#233;chant, comme certains, ceux qui se croient mieux que les autres l&#224;-bas, sur la place du village. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est gentil Paul. Par chez nous, on dit qu'il est &#171; bien brave &#187;, mais je crois qu'il est plus que &#231;a&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Son sourire est toujours honn&#234;te et bien large, comme &#231;a. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est juste heureux d'&#234;tre l&#224;, debout, tout seul, sur sa restanque, &#224; l'ombre du vieil olivier. Il est ravi, les bras tendus, il semble vouloir accueillir tout ce qui pourrait tomber du ciel, quitte &#224; le prendre sur la t&#234;te. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est celui qui, &#224; la No&#235;l, accueille la naissance du petit J&#233;sus avec le plus de joie. &lt;br class='autobr' /&gt;
De temps en temps je lui parle, il me r&#233;pond pas toujours, mais il sourit, je sens qu'il est content de me voir. Il est trop absorb&#233; par ses contemplations, &#224; attendre le Messie, alors il reste l&#224;, les bras tendus, heureux de prendre la vie comme elle vient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En contrebas, au pied de la restanque, aujourd'hui, il y a Augustine, la douce, la belle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Augustine, c'est la lavandi&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
La pauvre petite&#8230; Elle est pench&#233;e du matin au soir sur sa planche &#224; laver. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une fois au bord de la rivi&#232;re d'argent, la fois suivante au lavoir du village, sa belle chevelure noire lui coule dans le dos et une m&#232;che cache sa figure toujours pench&#233;e au-dessus de l'eau. Quand elle la soul&#232;ve, on aper&#231;oit ses yeux noirs avec des cils tr&#232;s longs. Et si elle tourne son regard vers vous, c'est comme prendre une chevrotine de Marius en plein c&#339;ur. Elle est si belle Augustine, que tout le monde meurt d'amour pour elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul, le ravi, lui, il s'en fout. Il s'est m&#234;me pas pench&#233; de sa restanque pour mieux la voir, comme les gar&#231;ons du village qui viennent en cachette, voler un coup d'&#339;il &#224; son corsage. Paul, &#231;a l'int&#233;resse pas les filles, la famille, l'argent&#8230; Il trouve son bonheur dans d'autres choses, celles qu'on voit pas, celle qu'on touche pas, les yeux lev&#233;s au ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marius lui, comme tous les autres, il est fou d'Augustine. C'est pour &#231;a qu'il lui offre toutes ses prises, qu'il se met &#224; genoux &#224; c&#244;t&#233; d'elle et qu'il baisse son chapeau si bas. Moi, je la trouve belle Augustine, &#231;a c'est vrai, mais, j'ai un amour cach&#233;. Un amour encore plus inaccessible que celui de notre belle lavandi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, je me r&#233;serve pour Manon. Manon&#8230; et ses mains fines et douces. Manon c'est notre d&#233;esse &#224; tous, notre bienfaitrice. Sans elle nous n'existerions pas. Nous serions toujours dans la nuit noire, encha&#238;n&#233;s &#224; notre propre vie. Quand elle est l&#224;, tout s'&#233;claire. Quand elle me touche, j'ai le vertige. Quand elle me regarde, je tremble. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ses yeux sont tellement beaux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand elle me parle, toujours en silence, je sens que j'ai toute son attention et qu'elle me donnera tout ce qu'il y a de meilleur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand elle choisit pour moi une place o&#249; je me sentirai bien, c'est comme une promesse, un engagement pour la vie. Elle me dit : &#171; Marcel, je veux ton bonheur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, c'est la veille de No&#235;l et Manon a ouvert la bo&#238;te. Elle a d&#233;roul&#233; le papier journal et le soleil m'a frapp&#233; en pleine figure. Avec une grande douceur, elle m'a pris entre ses mains et elle m'a pos&#233; sur la mousse de la colline de Fontvieille. Une mousse douce et fra&#238;che, celle ramass&#233;e dans le sous-bois de pins. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon corps d'argile m'a emp&#234;ch&#233; une nouvelle fois de lui rendre sa caresse, ma bouche peinte ne m'a pas permis de lui parler, mais je l'ai aim&#233;e de tout mon regard et j'ai lu dans le sien toute ma valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis le meunier de la cr&#232;che et peut-&#234;tre que l'ann&#233;e prochaine, le jour de No&#235;l, le soleil fera enfin fondre mon &#233;mail de santon et me donnera la parole pour dire &#224; Manon combien je l'aime.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Troisi&#232;me prix du Concours 2023</title>
		<link>http://letraversier.fr/spip.php?article996</link>
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		<dc:date>2024-07-10T08:32:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Leroy</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le spleen du bedeau &lt;br class='autobr' /&gt;
Bedeau, vous croyez que c'est un m&#233;tier, vous ? Avant, oui. Dans mon enfance, on admirait les suisses avec leur air martial, conqu&#233;rant. Dame, rien que le bicorne et la hallebarde, &#231;a vous habillait un homme, vous ne trouvez pas ? Ils n'&#233;taient m&#234;me pas jaloux des gardes du Vatican avec leur casque qui reluit sous le soleil de la Cit&#233; &#233;ternelle. Sacristains, bedeaux ou suisses, ils avaient fi&#232;re allure lors des grandes c&#233;r&#233;monies, &#224; P&#226;ques, &#224; No&#235;l o&#249; &#224; l'occasion des beaux (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://letraversier.fr/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;Concours &#224; haute voix&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le spleen du bedeau&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bedeau, vous croyez que c'est un m&#233;tier, vous ? Avant, oui. Dans mon enfance, on admirait les suisses avec leur air martial, conqu&#233;rant. Dame, rien que le bicorne et la hallebarde, &#231;a vous habillait un homme, vous ne trouvez pas ? Ils n'&#233;taient m&#234;me pas jaloux des gardes du Vatican avec leur casque qui reluit sous le soleil de la Cit&#233; &#233;ternelle. Sacristains, bedeaux ou suisses, ils avaient fi&#232;re allure lors des grandes c&#233;r&#233;monies, &#224; P&#226;ques, &#224; No&#235;l o&#249; &#224; l'occasion des beaux mariages. Alors que maintenant !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour vous dire la v&#233;rit&#233; vraie, j'en ai marre ! Depuis quelques temps l'&#233;v&#234;que me cherche des crosses !!! Il dit que c'est normal vu que j'avais perdu la sienne. En fait je la lui avais emprunt&#233;e ainsi que sa mitre et sa chasuble pour me d&#233;guiser &#224; l'occasion d'une soir&#233;e arros&#233;e organis&#233;e &#171; Au chat qui p&#234;che &#187;, le grand cabaret de la ville. C'est la patronne de l'&#233;tablissement qui est venue la lui rendre, en main propre, sa crosse, &#224; la cath&#233;drale. Une sacr&#233;e luronne celle-l&#224; ! Il para&#238;t qu'il la regardait avec un air, le Monseigneur&#8230; Entre nous, pour &#234;tre &#233;v&#234;que on n'en est pas moins homme ! C'est vrai que cet &#171; oubli &#187; a fait mauvais effet et que j'en ai pris pour mon grade. Mais quoi, si je ne peux pas me distraire un peu, je vais crever d'ennui ici. D'ennui ou d'une fluxion de poitrine, car le b&#226;timent n'est chauff&#233; qu'&#224; la grande messe du dimanche matin. Le reste du temps, il est aussi glacial que le regard que me jette le Christ de derri&#232;re l'autel. Il doit savoir Lui (normalement il sait tout !) que pendant cette fameuse soir&#233;e dans ce cabaret, tr&#232;s &#233;chevel&#233;, j'ai chant&#233; la chanson des canuts : &#171; C'est nous les canuts, nous allons tout nu. Car pour chanter Veni Creator il faut une chasuble d'or... &#187;. Donc quand c'est mon tour de garde &#224; la cath&#233;drale, je m'efforce d'&#233;viter les yeux r&#233;probateurs de ce Christ Pantocrator (*). Souvent, je fais semblant de prier &#224; la chapelle de Saint Antoine (j'aurais d&#251; penser &#224; lui quand je ne la retrouvais plus cette fichue crosse !). Je m'arr&#234;te aussi &#224; la chapelle de l'Assomption. De voir la Vierge s'envoler dans les nuages, &#231;a me fait oublier mes soucis. Mais l'endroit que je pr&#233;f&#232;re, c'est devant le tableau des noces de Cana... Il para&#238;t que c'&#233;tait un fameux convive le J&#233;sus de Nazareth. On dit qu'il savait appr&#233;cier les produits de la vigne. Tant qu'&#224; changer l'eau en vin, autant qu'il soit bon ! C'est pas comme ce vin de messe que je me crois oblig&#233; de finir apr&#232;s chaque eucharistie. Strictement entre nous, je peux vous avouer que je viens de terminer mes cours du soir d'&#339;nologie et que j'ai obtenu mon dipl&#244;me, avec mention m&#234;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il devrait la recevoir demain ma lettre de d&#233;mission, l'&#233;v&#234;que. Adieu les probl&#232;mes de crosse, de mitre et de chasuble ! Plus que P&#226;ques &#224; passer et je commence comme sommelier. Devinez o&#249; ? &#171; Au chat qui p&#234;che &#187; bien s&#251;r !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(*) Christ Pantocrator : en gloire&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Deuxi&#232;me prix du Concours 2023</title>
		<link>http://letraversier.fr/spip.php?article980</link>
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		<dc:date>2024-03-29T09:13:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ana&#239;s Picard</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Souffle &lt;br class='autobr' /&gt;
La pelouse cl&#244;tur&#233;e est son terrain de promenade. Ses petites jambes l'emm&#232;nent, de-ci, de-l&#224;, selon un itin&#233;raire d&#233;fiant tout raisonnement. Antoine erre. Soudain il s'arr&#234;te. Sa t&#234;te se redresse, ses l&#232;vres remuent, un large sourire na&#238;t sur son visage enfantin. Indiff&#233;rent au ballon, au toboggan et au tricycle qui l'attendent, le gar&#231;on d&#233;ambule. Une fleur de printemps, un souffle de vent, nul ne sait exactement, il s'immobilise &#224; nouveau, tourne son regard rieur vers les cieux. Il semble (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Souffle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pelouse cl&#244;tur&#233;e est son terrain de promenade. Ses petites jambes l'emm&#232;nent, de-ci, de-l&#224;, selon un itin&#233;raire d&#233;fiant tout raisonnement. Antoine erre. Soudain il s'arr&#234;te. Sa t&#234;te se redresse, ses l&#232;vres remuent, un large sourire na&#238;t sur son visage enfantin. Indiff&#233;rent au ballon, au toboggan et au tricycle qui l'attendent, le gar&#231;on d&#233;ambule. Une fleur de printemps, un souffle de vent, nul ne sait exactement, il s'immobilise &#224; nouveau, tourne son regard rieur vers les cieux. Il semble heureux. Puis la marche reprend. Ainsi toute l'apr&#232;s-midi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa m&#232;re l'appelle, c'est l'heure du go&#251;ter. Antoine ne r&#233;pond pas. L'entend-il seulement ? Elle n'en est pas s&#251;re. Son nom tournoie dans l'air, emplit le jardin. Antoine ne r&#233;agit pas. L'errance continue, le nez de l'enfant fr&#233;mit, &#224; nouveau il s'arr&#234;te et sourit. Sa m&#232;re se chausse et va &#224; sa rencontre. Le petit bonhomme n'accourt ni ne fuit, il ne la voit m&#234;me pas. Elle caresse ses boucles, le prend par la main : &#171; Viens Antoine, on va manger &#187;. Il se laisse emmener.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antoine ne joue pas aux petites voitures. Il ne construit pas de maison en Duplo, ne donne pas vie &#224; ses dinosaures de plastique. Quand il dessine, il remplit ses feuilles de lignes. Toujours des lignes, de bas en haut. Des lignes sinueuses, des lignes qui bouclent, d'autres qui vont droit au but. Et ce qu'il pr&#233;f&#232;re, Antoine, ce sont les lignes bleues. Il peint le bleu clair au pinceau fin, des touches l&#233;g&#232;res, des pointill&#233;s. Pour le bleu roi, il pr&#233;f&#232;re les doigts, qu'il pointe ou laisse tra&#238;ner. Quand Antoine s'empare du bleu fonc&#233;, c'est qu'il est en col&#232;re. Il utilise le rouleau et noircit sa feuille de larges bandes. Il replonge le rouleau dans la couleur, ajoute une couche sur le papier, reprend de la peinture et poursuit son &#339;uvre, mena&#231;ant. Le geste devient rageur. Couche apr&#232;s couche, Antoine &#233;tale sa fureur, le papier absorbe la temp&#234;te, gondole, d&#233;gouline de trop plein. Sur ses doigts, presque rien. Le petit gar&#231;on a la rage propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maman a &#233;pluch&#233; une pomme. Patiemment, elle le regarde manger, quartier apr&#232;s quartier. Il les saisit du bout des doigts, les croque, d&#233;sint&#233;ress&#233;. Elle lui pose des questions sur ce qu'il faisait dans le jardin, sur ses d&#233;couvertes, sur le go&#251;t du fruit. Antoine regarde par la porte-fen&#234;tre, absent &#224; la conversation. Apr&#232;s la pomme vient le verre d'eau, &#224; la paille. Il aspire, d&#233;glutit, le rituel est accompli. Il veut ressortir. Maman soupire, regarde son enfant partir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vent s'est lev&#233;. Il souffle par rafales, fait danser le feuillage naissant. Les derni&#232;res feuilles mortes sont emport&#233;es, elles s'&#233;l&#232;vent, vrillent, tourbillonnent. Antoine suit les arabesques qu'elles dessinent sur le ciel nuageux. Une fen&#234;tre claque chez les voisins. La vieille porte de l'abri de jardin grince au gr&#233; des bourrasques. Le vent siffle aux oreilles du gar&#231;on. Il a arr&#234;t&#233; ses pas. Il offre ses joues rebondies au souffle temp&#233;tueux qui s'accentue. Sa capuche &#233;crase ses boucles blondes. L'enfant vacille l&#233;g&#232;rement. Maman le rappelle, il faut rentrer ! Mais Antoine ne l'entend pas. Il &#233;coute le flux. Il hume le printemps naissant, l'odeur de mousse qui lui parvient et celle, plus &#226;cre, du poulailler qu'il est temps de nettoyer. L'air est humide, la pluie ne va pas tarder. Antoine ne sent pas la fra&#238;cheur qui l'annonce, pas plus que ses cheveux qui fouettent son visage. Pourtant le petit gar&#231;on semble attentif. Il est pleinement pr&#233;sent au souffle. Des larmes discr&#232;tes perlent de ses yeux irrit&#233;s par le vent. Ses l&#232;vres remuent sur une conversation qu'il est le seul &#224; entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maman l'a rejoint. Elle serre les pans de son gilet, rentre les &#233;paules pour se prot&#233;ger, bien inutilement, des d&#233;ferlantes c&#233;lestes. Elle observe son enfant, n'ose pas le toucher, il para&#238;t si libre dans le vent ! Il s'offre tout entier &#224; l'&#233;l&#233;ment. Il parle. Elle ne saisit que des bribes, n'y trouve pas de sens. Soudain, la temp&#234;te mugit, imp&#233;tueuse. La m&#232;re se plie en deux, veut attraper la main de son petit, il ne bouge pas. Il se tient droit, menton relev&#233;, comme si le vent ne l'atteignait pas. A l'assaut suivant, le gamin &#233;clate de rire. Ses mains sont secou&#233;es de tremblements, sa t&#234;te dodeline de plaisir. Le son cristallin, tellement joyeux, de son rire d'enfant gagne sa maman. Enfin, elle redresse la t&#234;te. Elle desserre l'&#233;treinte qu'elle imposait au gilet, rel&#226;che ses muscles et ses sourcils, go&#251;te les caresses du vent. A son tour, elle rit. Et dans la puissance de la temp&#234;te qui l'enveloppe, Maman d&#233;couvre un &#233;crin de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont &#224; l'abri au salon. Maman a d&#233;barrass&#233; son fiston et range la veste et les bottes en caoutchouc. Elle frictionne ses petites mains rougies, embrasse sa joue froide. Dehors, les nuages ont craqu&#233;, le ciel tonne et les gouttes mart&#232;lent la porte-fen&#234;tre. Malgr&#233; ce vacarme diluvien, Maman se sent &#233;trangement calme. Un parfum de temp&#234;te flotte dans les boucles emm&#234;l&#233;es d'Antoine. M&#232;re et fils se sont rejoints, le temps d'un souffle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maman sort les pots de peinture et les feuilles cartonn&#233;es. Elle m&#233;lange du blanc au bleu pour cr&#233;er les nuances. Dans le tiroir de la cuisine, elle prend deux pailles en m&#233;tal dor&#233;. Elle d&#233;pose une goutte de bleu indigo sur le papier et, paille en bouche, souffle sur l'&#233;pais liquide. La peinture s'&#233;parpille en fines tra&#238;n&#233;es, sur lesquelles elle souffle &#224; nouveau. Un labyrinthe de possibilit&#233;s se r&#233;pand et Antoine observe, &#233;merveill&#233;. A son tour, il s'empare d'une paille dor&#233;e. Il choisit un bleu sombre et l'&#233;tend au gr&#233; de ses expirations. Le rouleau des col&#232;res est sur la table de dessin, Antoine n'y touche pas. Il lib&#232;re un bleu azur, puis un bleu p&#226;le. Les lignes de couleur se croisent en un foisonnement de carrefours. Les tra&#238;n&#233;es partent de bas en haut, multiples chemins de vie. Maman observe le vent du plaisir emporter son fils. Entre deux souffles, Antoine l&#232;ve les yeux vers sa m&#232;re, lui sourit de toutes ses dents. Cette fois, Maman sait pourquoi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Bagage Rouge Tome2</title>
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		<dc:date>2024-01-29T16:06:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Albert D&#233;gardin</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Septembre 1841 : dans le sillage du Paquebot des mers du sud, un bagage de luxe, accessoire de l'appontage d'un dandy parisien, passe de mains en mains.
&lt;br class='autobr' /&gt;
Quatre ans plus tard, &#224; Bourbon, qui s'en souvient ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le scandale du moment est de l'effroi caus&#233; par les morts violentes des &#171; porteurs la vierge &#187;, d&#233;p&#234;ch&#233;s jusqu'&#224; Saint-Denis par Mme Desbassayns (90 ans depuis juillet 1845), aupr&#232;s d'Alexandre Monnet, (le nouveau et tr&#232;s jeune Vice Pr&#233;fet des &#201;glises). Alors qu'on enterre le baron, ex intendant de la (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://letraversier.fr/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;Publications&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_134 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://letraversier.fr/local/cache-vignettes/L362xH500/bagagerougemini-54049.jpg?1706544414' width='362' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Septembre 1841 : dans le sillage du Paquebot des mers du sud, un bagage de luxe, accessoire de l'appontage d'un dandy parisien, passe de mains en mains.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quatre ans plus tard, &#224; Bourbon, qui s'en souvient ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le scandale du moment est de l'effroi caus&#233; par les morts violentes des &#171; porteurs la vierge &#187;, d&#233;p&#234;ch&#233;s jusqu'&#224; Saint-Denis par Mme Desbassayns (90 ans depuis juillet 1845), aupr&#232;s d'Alexandre Monnet, (le nouveau et tr&#232;s jeune Vice Pr&#233;fet des &#201;glises). Alors qu'on enterre le baron, ex intendant de la veille dame, lui aussi victime d'un attentat, une rumeur court la ville : &#171; un homme au bagage rouge serait m&#234;l&#233; &#224; cette histoire &#187;. Puis une autre : &#171; une femme qu'on appelle la Malabaraise saurait quelque chose &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais, o&#249; la trouver ? Le Brigadier-chef, L&#233;onius Payet, et son adjoint, Boniface Dijoux, sont d&#233;sign&#233;s pour d&#233;busquer le meurtrier, faire taire les ragots, &#233;claircir l'affaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Premier prix du Concours 2023</title>
		<link>http://letraversier.fr/spip.php?article964</link>
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		<dc:date>2024-01-03T09:50:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Roumeau</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le passager du vent &lt;br class='autobr' /&gt;
L'immensit&#233; du ciel. L'immensit&#233; de la mer. Et, entre les deux, une embarcation qui erre sur les flots. Jusqu'&#224; son d&#233;part il ne connaissait que l'immensit&#233; du ciel et du d&#233;sert. Il ne pouvait pas imaginer autant d'eau, lui qui n'avait vu que quelques gouttes de pluie, bien trop rares, tomb&#233;es sur son village. Il est &#224; l'arri&#232;re de ce bateau en bois depuis trois jours. Un &#238;lot de fortune qui porte bien son nom tant cela lui a co&#251;t&#233; cher d'avoir le droit d'&#234;tre assis l&#224;, entre deux (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://letraversier.fr/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;Concours &#224; haute voix&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le passager du vent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'immensit&#233; du ciel. L'immensit&#233; de la mer. Et, entre les deux, une embarcation qui erre sur les flots. Jusqu'&#224; son d&#233;part il ne connaissait que l'immensit&#233; du ciel et du d&#233;sert. Il ne pouvait pas imaginer autant d'eau, lui qui n'avait vu que quelques gouttes de pluie, bien trop rares, tomb&#233;es sur son village.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est &#224; l'arri&#232;re de ce bateau en bois depuis trois jours. Un &#238;lot de fortune qui porte bien son nom tant cela lui a co&#251;t&#233; cher d'avoir le droit d'&#234;tre assis l&#224;, entre deux mondes. La vue sur les dos de tous ces migrants le renvoie un peu plus &#224; sa solitude. Nul regard ne se croise. Chacun est tourn&#233; vers cet horizon dont il ignore tout. Aucun mot ne vient rompre le grondement des vagues. Il est, comme tous ses compagnons d'infortune, sous l'emprise du passeur et du vent qui sont les seuls &#224; avoir les cl&#233;s pour les faire passer du hasard au destin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne sait plus s'il a quitt&#233; son village pouss&#233; par un vent de d&#233;sespoir ou d'espoir. Seul son grand-p&#232;re avait &#233;t&#233; dans la confidence de son d&#233;part. Celui-ci avait compris la r&#233;alit&#233; de l'&#233;tat dans lequel se trouvait son petit-fils. Il lui avait simplement fait comprendre que le passage du d&#233;sespoir &#224; l'espoir est plus difficile que la travers&#233;e d'une mer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vent vient de se lever. Les vagues soul&#232;vent brutalement l'embarcation. Certains regards ont quitt&#233; l'horizon et cherchent un soutien dans celui des autres. Nulle r&#233;ponse &#224; ces appels. Seuls des regards hagards et quelques cris de d&#233;tresse essaient de faire obstacle &#224; la violence du vent. En vain, naturellement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il a quitt&#233; les siens cherchant &#224; fuir la mis&#232;re et la mort presque certaine, pour, finalement, se retrouver encore avec cette mort qui l'accompagne. Comment peut-elle le poursuivre avec un tel acharnement ? Comment peut-elle disperser aux quatre vents tous ces fugitifs qui ne demandent qu'une terre de repos ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Soudain son regard croise le visage de cette jeune femme qui vient de se retourner vers lui. Il n'avait vu, jusqu'&#224; pr&#233;sent, que ses cheveux danser dans le vent. Elle pleure. Il ne sait pas quoi faire. Il ne peut rien faire de toute fa&#231;on. A part s'accrocher &#224; l'embarcation pour ne pas chavirer. Et la regarder. S'il pouvait au moins lui sourire&#8230; mais il ne sait pas. Il ne sait plus faire. Il a l'impression que le vent a emport&#233; son sourire.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'embarcation continue &#224; flotter au bon vouloir des vagues et du vent. Ils sont de plus en plus ballott&#233;s. Les vagues les submergent et ils sont maintenant tremp&#233;s. Certains sont &#224; genoux et prient. Il ne voit plus si la jeune femme pleure toujours. Ses larmes sont peut-&#234;tre noy&#233;es par l'eau de mer. Il sent bien, &#224; pr&#233;sent, qu'il s'accroche plus &#224; son regard qu'&#224; l'embarcation. &lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; &#171; Malgr&#233; les larmes il y a encore une &#233;tincelle de vie dans ce regard &#187; se dit-il.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme un phare qui annonce la terre. Cette terre d'asile dont il r&#234;ve depuis longtemps. Elle, elle per&#231;oit dans son regard comme une bou&#233;e de sauvetage. Elle est pr&#234;te &#224; la saisir dans un dernier sursaut de survie. Un regard qui passe de l'un &#224; l'autre peut parfois changer une vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est enfin sur une plage. Il ne sait pas par quel miracle il est arriv&#233; l&#224;. Il a encore les cris de d&#233;tresse qui r&#233;sonnent dans sa t&#234;te lorsque certains passagers ont chavir&#233;. Une derni&#232;re vague fatidique suivie d'un vent de panique. Puis les flots sans aucune piti&#233;. Et un combat disproportionn&#233; pour ne pas &#234;tre englouti et pour continuer le voyage au moins jusqu'au rivage qu'ils avaient aper&#231;u, &#224; la fois si proche et si loin, avant cette derni&#232;re vague.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il a d&#251; s'accrocher longtemps &#224; ce bout de planche car il est &#233;puis&#233;. Mais il n'est pas seul. Quelques personnes sont &#233;tendues sur le sable ici et l&#224;. Il ne sait pas si elles ont chavir&#233; dans l'autre monde ou sont seulement rescap&#233;es comme lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'a qu'une obsession maintenant. Non pas celle de survivre mais de la retrouver. A-t-elle eu la force de nager jusqu'&#224; cette plage ? Une planche de salut est-elle venue &#224; son secours ? Il ne peut s'imaginer autre chose. Il se dit que le vent a tout emport&#233; mais n'a pas pu voler cette &#233;tincelle qui brillait dans son regard. Non, ce n'est pas possible !&lt;br class='autobr' /&gt;
Il scrute la plage de longs instants. Sa vision se brouille mais il aper&#231;oit, au loin, une personne recroquevill&#233;e sur elle-m&#234;me. Ses cheveux flottent au vent. Elle regarde vers la mer, vers l'horizon qu'elle a quitt&#233; il y a trois jours, comme lui et tous ces migrants partis pour une autre vie. Il sait que c'est elle. Le passage du d&#233;sespoir &#224; l'espoir, dont lui parlait son grand-p&#232;re, devient enfin r&#233;alit&#233;. Il la rejoint. Elle pleure&#8230;et sourit aussi en le voyant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant ils marchent c&#244;te &#224; c&#244;te sur le sable. Ils avancent p&#233;niblement vers l'inconnu&#8230;mais ensemble. Le vent efface leurs traces de pas au fur et &#224; mesure qu'ils s'&#233;loignent. Comme un trait sur leur pass&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Semblables aux oiseaux ou aux grains de sable ils sont devenus les passagers du vent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soudain il se rend compte qu'il est au fond de l'embarcation. Etendu. Il a d&#251; s'&#233;vanouir ou &#234;tre assomm&#233; par quelque chose. Il reprend ses esprits peu &#224; peu. Il aurait voulu rester dans son r&#234;ve, dans cette autre vie, et ne pas revenir une nouvelle fois &#224; la r&#233;alit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle n'est plus &#224; ses c&#244;t&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle ne l'a jamais &#233;t&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le vent s'est enfin apais&#233;. Il se rend compte que quelques personnes manquent &#224; bord. Il ne la voit plus. Ses yeux affol&#233;s scrutent l'eau. En vain. Il a envie de crier mais il ne peut que g&#233;mir. En silence. La mort impose encore et toujours son silence. La mer et le vent, ses complices, ont &#339;uvr&#233; pour elle et ont englouti des vies qui ne savaient m&#234;me pas encore ce que vivre voulait dire. Et lui n'a rien pu faire. Il n'oubliera pas ses cheveux qui dansaient dans le vent&#8230;et cette &#233;tincelle de l'espoir dont ce vent meurtrier a eu raison.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin il aper&#231;oit la c&#244;te. Cette fois il ne r&#234;ve pas. Mais il n'exulte pas. Comment le pourrait-il ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne conna&#238;t pas cette nouvelle terre qui se rapproche. Mais il a travers&#233; l'immensit&#233; de la mer. Il sait qu'il n'est qu'un passager et demain il sera loin. Il pensera longtemps &#224; cette jeune femme apparue quelques instants puis disparue &#224; jamais. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'espoir puis le d&#233;sespoir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il pense &#224; son grand-p&#232;re, &#224; tout ce qu'il lui a transmis, &#224; ses derniers mots. Il arrive &#224; sourire&#8230;int&#233;rieurement. Il sait qu'il lui faudra continuer &#224; lutter au milieu de l'immensit&#233; du monde. Pour ne pas tomber. Pour ne pas sombrer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;sespoir puis l'espoir. C'est cela qu'il faut retenir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un rayon de soleil disperse une multitude d'&#233;tincelles &#224; la surface de la mer. Il lui semble en reconna&#238;tre une. Le vent, qui s'est adouci, lui murmure &#224; l'oreille : &lt;br class='autobr' /&gt; &#8226; &#171; Va passager, quelqu'un t'attend quelque part ! &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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