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	<title>Le Traversier - revue litt&#233;raire</title>
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		<title>Le Traversier - revue litt&#233;raire</title>
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		<title>Deuxi&#232;me prix du Concours 2023</title>
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		<dc:date>2024-03-29T09:13:11Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ana&#239;s Picard</dc:creator>



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&lt;p&gt;Souffle &lt;br class='autobr' /&gt;
La pelouse cl&#244;tur&#233;e est son terrain de promenade. Ses petites jambes l'emm&#232;nent, de-ci, de-l&#224;, selon un itin&#233;raire d&#233;fiant tout raisonnement. Antoine erre. Soudain il s'arr&#234;te. Sa t&#234;te se redresse, ses l&#232;vres remuent, un large sourire na&#238;t sur son visage enfantin. Indiff&#233;rent au ballon, au toboggan et au tricycle qui l'attendent, le gar&#231;on d&#233;ambule. Une fleur de printemps, un souffle de vent, nul ne sait exactement, il s'immobilise &#224; nouveau, tourne son regard rieur vers les cieux. Il semble (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://letraversier.fr/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;Concours &#224; haute voix&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Souffle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pelouse cl&#244;tur&#233;e est son terrain de promenade. Ses petites jambes l'emm&#232;nent, de-ci, de-l&#224;, selon un itin&#233;raire d&#233;fiant tout raisonnement. Antoine erre. Soudain il s'arr&#234;te. Sa t&#234;te se redresse, ses l&#232;vres remuent, un large sourire na&#238;t sur son visage enfantin. Indiff&#233;rent au ballon, au toboggan et au tricycle qui l'attendent, le gar&#231;on d&#233;ambule. Une fleur de printemps, un souffle de vent, nul ne sait exactement, il s'immobilise &#224; nouveau, tourne son regard rieur vers les cieux. Il semble heureux. Puis la marche reprend. Ainsi toute l'apr&#232;s-midi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa m&#232;re l'appelle, c'est l'heure du go&#251;ter. Antoine ne r&#233;pond pas. L'entend-il seulement ? Elle n'en est pas s&#251;re. Son nom tournoie dans l'air, emplit le jardin. Antoine ne r&#233;agit pas. L'errance continue, le nez de l'enfant fr&#233;mit, &#224; nouveau il s'arr&#234;te et sourit. Sa m&#232;re se chausse et va &#224; sa rencontre. Le petit bonhomme n'accourt ni ne fuit, il ne la voit m&#234;me pas. Elle caresse ses boucles, le prend par la main : &#171; Viens Antoine, on va manger &#187;. Il se laisse emmener.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antoine ne joue pas aux petites voitures. Il ne construit pas de maison en Duplo, ne donne pas vie &#224; ses dinosaures de plastique. Quand il dessine, il remplit ses feuilles de lignes. Toujours des lignes, de bas en haut. Des lignes sinueuses, des lignes qui bouclent, d'autres qui vont droit au but. Et ce qu'il pr&#233;f&#232;re, Antoine, ce sont les lignes bleues. Il peint le bleu clair au pinceau fin, des touches l&#233;g&#232;res, des pointill&#233;s. Pour le bleu roi, il pr&#233;f&#232;re les doigts, qu'il pointe ou laisse tra&#238;ner. Quand Antoine s'empare du bleu fonc&#233;, c'est qu'il est en col&#232;re. Il utilise le rouleau et noircit sa feuille de larges bandes. Il replonge le rouleau dans la couleur, ajoute une couche sur le papier, reprend de la peinture et poursuit son &#339;uvre, mena&#231;ant. Le geste devient rageur. Couche apr&#232;s couche, Antoine &#233;tale sa fureur, le papier absorbe la temp&#234;te, gondole, d&#233;gouline de trop plein. Sur ses doigts, presque rien. Le petit gar&#231;on a la rage propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maman a &#233;pluch&#233; une pomme. Patiemment, elle le regarde manger, quartier apr&#232;s quartier. Il les saisit du bout des doigts, les croque, d&#233;sint&#233;ress&#233;. Elle lui pose des questions sur ce qu'il faisait dans le jardin, sur ses d&#233;couvertes, sur le go&#251;t du fruit. Antoine regarde par la porte-fen&#234;tre, absent &#224; la conversation. Apr&#232;s la pomme vient le verre d'eau, &#224; la paille. Il aspire, d&#233;glutit, le rituel est accompli. Il veut ressortir. Maman soupire, regarde son enfant partir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vent s'est lev&#233;. Il souffle par rafales, fait danser le feuillage naissant. Les derni&#232;res feuilles mortes sont emport&#233;es, elles s'&#233;l&#232;vent, vrillent, tourbillonnent. Antoine suit les arabesques qu'elles dessinent sur le ciel nuageux. Une fen&#234;tre claque chez les voisins. La vieille porte de l'abri de jardin grince au gr&#233; des bourrasques. Le vent siffle aux oreilles du gar&#231;on. Il a arr&#234;t&#233; ses pas. Il offre ses joues rebondies au souffle temp&#233;tueux qui s'accentue. Sa capuche &#233;crase ses boucles blondes. L'enfant vacille l&#233;g&#232;rement. Maman le rappelle, il faut rentrer ! Mais Antoine ne l'entend pas. Il &#233;coute le flux. Il hume le printemps naissant, l'odeur de mousse qui lui parvient et celle, plus &#226;cre, du poulailler qu'il est temps de nettoyer. L'air est humide, la pluie ne va pas tarder. Antoine ne sent pas la fra&#238;cheur qui l'annonce, pas plus que ses cheveux qui fouettent son visage. Pourtant le petit gar&#231;on semble attentif. Il est pleinement pr&#233;sent au souffle. Des larmes discr&#232;tes perlent de ses yeux irrit&#233;s par le vent. Ses l&#232;vres remuent sur une conversation qu'il est le seul &#224; entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maman l'a rejoint. Elle serre les pans de son gilet, rentre les &#233;paules pour se prot&#233;ger, bien inutilement, des d&#233;ferlantes c&#233;lestes. Elle observe son enfant, n'ose pas le toucher, il para&#238;t si libre dans le vent ! Il s'offre tout entier &#224; l'&#233;l&#233;ment. Il parle. Elle ne saisit que des bribes, n'y trouve pas de sens. Soudain, la temp&#234;te mugit, imp&#233;tueuse. La m&#232;re se plie en deux, veut attraper la main de son petit, il ne bouge pas. Il se tient droit, menton relev&#233;, comme si le vent ne l'atteignait pas. A l'assaut suivant, le gamin &#233;clate de rire. Ses mains sont secou&#233;es de tremblements, sa t&#234;te dodeline de plaisir. Le son cristallin, tellement joyeux, de son rire d'enfant gagne sa maman. Enfin, elle redresse la t&#234;te. Elle desserre l'&#233;treinte qu'elle imposait au gilet, rel&#226;che ses muscles et ses sourcils, go&#251;te les caresses du vent. A son tour, elle rit. Et dans la puissance de la temp&#234;te qui l'enveloppe, Maman d&#233;couvre un &#233;crin de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont &#224; l'abri au salon. Maman a d&#233;barrass&#233; son fiston et range la veste et les bottes en caoutchouc. Elle frictionne ses petites mains rougies, embrasse sa joue froide. Dehors, les nuages ont craqu&#233;, le ciel tonne et les gouttes mart&#232;lent la porte-fen&#234;tre. Malgr&#233; ce vacarme diluvien, Maman se sent &#233;trangement calme. Un parfum de temp&#234;te flotte dans les boucles emm&#234;l&#233;es d'Antoine. M&#232;re et fils se sont rejoints, le temps d'un souffle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maman sort les pots de peinture et les feuilles cartonn&#233;es. Elle m&#233;lange du blanc au bleu pour cr&#233;er les nuances. Dans le tiroir de la cuisine, elle prend deux pailles en m&#233;tal dor&#233;. Elle d&#233;pose une goutte de bleu indigo sur le papier et, paille en bouche, souffle sur l'&#233;pais liquide. La peinture s'&#233;parpille en fines tra&#238;n&#233;es, sur lesquelles elle souffle &#224; nouveau. Un labyrinthe de possibilit&#233;s se r&#233;pand et Antoine observe, &#233;merveill&#233;. A son tour, il s'empare d'une paille dor&#233;e. Il choisit un bleu sombre et l'&#233;tend au gr&#233; de ses expirations. Le rouleau des col&#232;res est sur la table de dessin, Antoine n'y touche pas. Il lib&#232;re un bleu azur, puis un bleu p&#226;le. Les lignes de couleur se croisent en un foisonnement de carrefours. Les tra&#238;n&#233;es partent de bas en haut, multiples chemins de vie. Maman observe le vent du plaisir emporter son fils. Entre deux souffles, Antoine l&#232;ve les yeux vers sa m&#232;re, lui sourit de toutes ses dents. Cette fois, Maman sait pourquoi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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