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	<title>Le Traversier - revue litt&#233;raire</title>
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		<title>Le Traversier - revue litt&#233;raire</title>
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		<title>Trosi&#232;me prix 2015 Moi, jadis un h&#233;ros de St&#233;phanie Grousset-Charri&#232;re</title>
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		<dc:date>2016-08-29T16:05:33Z</dc:date>
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		<dc:creator>St&#233;phanie Grousset-Charri&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Concours &#224; haute voix</dc:subject>

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&lt;p&gt;Il &#233;tait une fois&#8230; Cela commen&#231;ait toujours comme &#231;a. Il &#233;tait une fois, il y a tr&#232;s longtemps, dans une contr&#233;e fort lointaine&#8230; La voix de maman s'&#233;tirait pr&#232;s de moi, je pouvais sentir son souffle ti&#232;de sur mon visage. J'aimais qu'elle soit si proche, apr&#232;s m'avoir bord&#233;, caress&#233; les cheveux, embrass&#233; le front. Elle sentait bon. Son parfum avait la douceur d'une soir&#233;e d'automne. Quand il m'enveloppait, je me sentais bien, comme blotti au coin du feu, &#224; picorer des ch&#226;taignes grill&#233;es ou des zestes d'oranges (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://letraversier.fr/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;Concours &#224; haute voix&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://letraversier.fr/spip.php?mot37" rel="tag"&gt;Concours &#224; haute voix&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il &#233;tait une fois&#8230; Cela commen&#231;ait toujours comme &#231;a. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait une fois, il y a tr&#232;s longtemps, dans une contr&#233;e fort lointaine&#8230; La voix de maman s'&#233;tirait pr&#232;s de moi, je pouvais sentir son souffle ti&#232;de sur mon visage. J'aimais qu'elle soit si proche, apr&#232;s m'avoir bord&#233;, caress&#233; les cheveux, embrass&#233; le front. Elle sentait bon. Son parfum avait la douceur d'une soir&#233;e d'automne. Quand il m'enveloppait, je me sentais bien, comme blotti au coin du feu, &#224; picorer des ch&#226;taignes grill&#233;es ou des zestes d'oranges confits en sirotant un lait chaud &#224; la cannelle. Au plus profond de la for&#234;t, dans une minuscule chaumi&#232;re de bois, vivait un tout petit gar&#231;on qui s'appelait Julien&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Julien, c'est mon pr&#233;nom. Maman aimait bien l'utiliser dans les histoires qu'elle m'inventait. Dans sa bouche, il prenait une saveur merveilleuse. J'&#233;tais fier. Le h&#233;ros de ses r&#233;cits vivait toujours d'incroyables aventures avec malice et brio. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elles m'ont tellement manqu&#233; ces folles histoires de maman quand tout a bascul&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le drame est survenu lorsque j'avais huit ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maman n'est pas morte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Seule sa voix m'a quitt&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle m'a abandonn&#233; dans le silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme toutes les autres voix d'ailleurs, celles de papa et de mes fr&#232;res, celles de la ma&#238;tresse, de mes camarades de classe, celles des passants dans la rue, des commer&#231;ants dans les boutiques, du chauffeur de bus qui plaisantait tout le temps et celle de la boulang&#232;re qui m'offrait toujours une chouquette en souriant jusqu'aux oreilles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme tous les autres sons aussi, le bip-bip du r&#233;veil des parents indiquant qu'on allait bient&#244;t prendre le petit-d&#233;jeuner ; le sifflement de la bouilloire quand maman s'installait pour une matin&#233;e de lecture ou de peinture ; les sempiternels &#171; A TABLE ! &#187; ; le ronronnement de la cafeti&#232;re qui annon&#231;ait la sieste ; et le soir, le grincement de la porte d'entr&#233;e &#224; l'heure o&#249; papa rentrait de sa journ&#233;e de travail et qu'on d&#233;valait tous les trois le couloir pour lui sauter au cou ; mais aussi les moteurs de voitures qui me retenaient de traverser une rue, les coups de klaxons, les sonnettes de v&#233;lo, les rires, les cris, les Beatles et Vivaldi&#8230; la vie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Brutalement, plus rien. &lt;br class='autobr' /&gt;
Juste les va-et-vient d'un ballet quotidien sans m&#233;lodie, des vibrations ind&#233;finissables, de vagues secousses d'origine inconnue, des images sans le son.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans la vie, pensais-je.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas mort ce jour-l&#224;, mais je me disais que c'&#233;tait tout comme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un soir, je m'endormais apr&#232;s une aventure h&#233;ro&#239;que aux voix multiples ; le lendemain, je m'&#233;veillais dans mon lit sans qu'un seul bruit ne retentisse. Je jetai un &#339;il au r&#233;veille-matin, 7h49. Dans vingt-et-une minutes, il faudrait partir &#224; l'&#233;cole. Comment mes fr&#232;res pouvaient-ils &#234;tre si discrets ? D'habitude, ils criaient dans le couloir, cherchaient leurs affaires, frappaient pressement &#224; la porte de la salle de bain ou &#224; celle des WC. Et maman ? Avait-elle oubli&#233; de me r&#233;veiller ? M'&#233;tais-je rendormi quand elle avait ouvert la porte pour me dire &#171; debout debout ! &#187; comme chaque matin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au petit-d&#233;jeuner, mes parents s'agitaient, me faisant de grands signes d'un air agac&#233;. J'observais ces deux grands pantins, articulant leurs m&#226;choires et leurs bras, sans voix off pour leur donner sens. J'ai d'abord cru &#224; une blague &#233;trange. Mais soudain, ils ont &#233;chang&#233; un long regard, avec les sourcils fronc&#233;s, puis ils se sont assis en face de moi. Je voyais bien qu'ils me questionnaient car leurs l&#232;vres bougeaient et leurs yeux me pressaient de r&#233;pondre. Je compris que le probl&#232;me venait de moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'entends rien, d&#233;clarai-je, inquiet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les syllabes s'&#233;taient &#233;gar&#233;es dans ma bouche et je vis qu'ils n'avaient pas compris. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'entends rien, r&#233;p&#233;tai-je. &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224; encore, les mots rest&#232;rent sans r&#233;sonance. Je tentais encore et encore de les dire &#224; voix haute, de toutes mes forces, tant et si bien que je vis mes parents se boucher les oreilles et pourtant, je n'avais rien pu entendre de mes propres paroles.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais prisonnier de mon silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, je ne suis pas all&#233; &#224; l'&#233;cole. Maman m'a gard&#233; &#224; la maison, affichant toute la journ&#233;e ce petit pli que je n'aimais pas au milieu de son front, celui qu'elle avait quand elle &#233;tait soucieuse. Le m&#233;decin de famille est pass&#233;. Il m'a examin&#233;, a parl&#233; avec maman qui se rongeait les ongles. J'ai eu des gouttes dans les oreilles pendant une semaine. Puis de nouveaux examens, &#224; l'h&#244;pital cette fois. Je n'ai pas bien compris ce qui m'arrivait pendant quelques temps, jusqu'au jour o&#249; j'ai surpris maman en larmes sur le canap&#233;, dans les bras de papa. En me voyant, elle m'a serr&#233; tout contre elle, tr&#232;s fort, un peu trop fort. Elle m'a embrass&#233; les joues, les yeux, le front et m'a serr&#233; encore et encore. Papa a d&#251; voir qu'elle me faisait un peu mal parce qu'il la prise par les &#233;paules et a ramen&#233; son visage contre son torse. Elle pleurait encore plus fort, &#231;a se voyait parce que son corps avait de violents soubresauts, secou&#233; par un s&#233;isme int&#233;rieur qu'elle ne contr&#244;lait pas du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis all&#233; me servir une grenadine parce qu'il y a des moments dans la vie o&#249; une grenadine s'impose. Un courrier de l'h&#244;pital reposait sur la table de la cuisine. C'&#233;tait des r&#233;sultats d'analyses adress&#233;s par le docteur Delouis. Il y a toujours des gens comme &#231;a, qui ont le nom qui sied &#224; leur profession. Le m&#233;decin employait des mots compliqu&#233;s qui se grav&#232;rent pourtant dans mon cerveau comme les cl&#233;s d'un myst&#232;re &#224; r&#233;soudre. Il &#233;voquait des facteurs cliniques et audiom&#233;triques qui, selon lui, permettaient de conclure &#224; une surdit&#233; brusque idiopathique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224;, du haut de mes huit ans, la conclusion s'imposait : je n'&#233;tais plus un h&#233;ros, j'&#233;tais un idiot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ce jour, je n'ai jamais plus &#233;t&#233; le m&#234;me enfant. Je me repliais sur moi-m&#234;me, &#233;vitais les autres, rejetais ceux que j'aimais pour leur &#233;pargner ma compagnie et pire que tout, je refusais m&#234;me l'histoire du soir, au d&#233;triment des effluves orang&#233;s des tendres c&#226;lins maternels. La lecture ne pourrait jamais remplacer la voix de maman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, bien des ann&#233;es ont pass&#233;, je suis un vieux monsieur &#224; pr&#233;sent. J'ai appris &#224; vivre avec ma surdit&#233; idiopathique, c'est-&#224;-dire sans origine av&#233;r&#233;e, en traversant moult p&#233;rip&#233;ties et bravant bien des obstacles. J'ai appris &#224; lire sur les l&#232;vres, &#224; parler sans entendre ma voix, &#224; ressentir mon environnement. Je me suis r&#233;concili&#233; avec les livres en d&#233;couvrant le plaisir de lire et celui d'&#233;crire, par l'&#233;vasion des mots, les d&#233;lices de l'imagination. J'ai partag&#233; cet amour avec mon entourage et mes proches. Enfin, plus important que tout, j'ai appris &#224; aimer ma vie et mon silence. Ainsi je l'&#233;cris noir sur blanc, car cela doit &#234;tre lu et dit haut et fort : je le sais maintenant, gr&#226;ce aux histoires folles de mon enfance, l'ensemble des &#233;preuves que j'ai surmont&#233;es atteste ind&#233;niablement que je suis un h&#233;ros.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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