Le Traversier, Revue Littéraire
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Chemins de brèche

Texte proposé par Peggy Malleret

Présentation de Peggy Malleret

Enfin une idée qui passe
Vite vite, je l’attrape
Avant qu’elle ne m’échappe
Je la mets en cage
Doucement la ménage
Lorsque je suis sûre
Que ma belle capture
Ne me quittera plus
Je la modèle
Je la cisèle
Je la libère…

Extraits des Chemins de Brèche

La naissance de la lune

« Cette histoire remonte à la période très ancienne appelée : Le Temps du Rêve. À cette époque, le monde existait déjà mais il n’avait pas la forme que nous lui connaissons aujourd’hui. La terre était recouverte d’une épaisse couche de glace. Un jour, le Grand Esprit Créateur réveilla la déesse Ihy et lui demanda de réchauffer la planète. Sous l’effet de cette chaleur, pas une créature ne demeura inanimée.
Sa mission achevée, la déesse quitta la terre pour la voûte céleste et tout au long de son ascension, de boule de feu elle se transforma en astre solaire. »

Assis contre un des rochers d’Uhuru, Kuta est merveilleusement bien, il se détend et laisse l’énergie de la Terre Sacrée de ses Ancêtres se répandre dans tout son corps. Il ferme un peu les yeux pour savourer en silence ce moment de bien-être.

« Raconte papa, raconte encore le temps du rêve ! »

Kuta sort brusquement de ses songes. Il s’était assoupi et avait oublié Pudji pendu à ses lèvres. Bientôt, il lui transmettra la loi de leurs ancêtres Pitjanjatjaras afin que sa vie d’homme se déroule avec honneur, loyauté et courage.

« Pudji, donne-moi mon boomerang. »

Kuta scrute un vieil eucalyptus, son regard perçant a repéré une branche sèche creusée par les termites : le bois idéal pour sculpter un didjeridoo. Il est temps pour Pudji d’apprendre à jouer de cet instrument musical ancestral.
Pudji soulève, tel un trophée, le boomerang, le tend fièrement au chaman qui le prend par une extrémité, fait un tour sur lui-même, puis le lance vers le sommet de l’arbre. L’engin, avec une vitesse vertigineuse et une précision inouïe, sectionne la branche et revient se loger dans la main de son propriétaire.
Pudji applaudit, plein d’orgueil. Il sait que son père est le plus habile de toute la tribu.

« Viens, assieds-toi près de moi, je vais maintenant te raconter la naissance de la lune. Après avoir réchauffé la terre et donné vie à toutes les créatures, Ihy, imbue de sa puissance, régnait sans partage sur la lumière.
Sans cesse elle importunait le Grand Esprit Créateur : regarde, Grand Esprit Créateur, regarde comme je suis belle, regarde ma robe d’or briller de mille feux, regarde, lorsque je disparais à l’horizon comme tous les êtres réveillés par ma douce chaleur tremblent de retourner à tout jamais dans leur linceul de glace. Regarde encore la noirceur du ciel dès que mes rayons ne l’éclairent plus. »

Las de tant de vanité, le Grand Esprit Créateur fit appel au serpent Arc-en-ciel : attends la nuit, descends au plus profond de l’océan, choisis un coquillage d’un blanc très pur et laisse-moi agir.

Dès que le ciel fut aussi sombre que l’encre de la sèche, un coquillage d’un blanc resplendissant atteignit la surface de l’eau. Il s’immobilisa, s’ouvrit délicatement pour laisser échapper une magnifique bulle d’argent qui, en grandissant, grandissant vint se poser sur une frange d’écume avant de s’élever dans le firmament. Au même moment, une myriade d’étoiles s’allumèrent dans la nuit et l’océan scintilla : les profondeurs mystérieuses de l’onde venaient de donner naissance à la lune.

« Et Ihy ? »
« Elle comprit la leçon et se montra moins vaniteuse. Elle ne jalousa pas Balhoo, l’homme-lune mais l’aima sans espoir, car cet amour ne fut jamais partagé. »

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