Nono le pitre
Il m’est arrivé une histoire incroyable aujourd’hui. Assis à une terrasse de café, je reconnais Pierre, un camarade que je n’ai pas vu depuis… trente ans ! Aussitôt, je m’installe à sa table et nous engageons une conversation délicieuse. Nous évoquons rapidement nos vies actuelles avant de nous attarder sur l’essentiel, le bon vieux temps ! Mille doux souvenirs nous reviennent à l’esprit… et nous en venons à parler d’Arnaud, Nono le Pitre.
– Tu te souviens, me dit Pierre, Mme Picopale, la prof de musique en 3ème, elle était toujours en retard ! Un jour, Nono lui a demandé un billet de retard, il a dit que sur une carrière, 5 minutes de retard à chaque cours, ça fait 1 800 heures volées à la République ! Il avait dû entendre ça à la maison, non ? Il a pris trois jours, je crois !
– Et le FLS, Front de libération des souris, créé par Nono ? Il était persuadé qu’il y avait des souris au labo de sciences nat’, il fallait les libérer avant qu’elles soient torturées en classe. Le laborantin s’absentait toujours pour fumer, il laissait tout ouvert… Nono y est allé pendant qu’on faisait le guet… il n’a pas trouvé de souris dans le labo… alors, pour pas perdre la face, il en a apporté cinq la semaine suivante, il les a lâchées dans la salle de Mme Gary. Elle a failli faire un malaise ! Mais bon, une prof de sciences nat’ qui a peur des souris !
- Le pire, renchérit Pierre, c’est quand un jour il lançait des cailloux sur les voitures qui passaient près de la cour. Un homme en grosse berline est allé voir le Principal parce qu’il avait pris une pierre sur sa bagnole. On a été convoqués ! Nono a assumé fièrement : « C’est la belle auto noire ? Oui, c’est moi qui l’ai eue ! Et pourtant, j’étais vachement loin ! » En entendant ça, le conducteur s’est sauvé sans demander son reste, il a souhaité bon courage au Principal !
– Je me souviens, dis-je, au Louvre en 4ème, avec M. Maillard qui expliquait le sacre de Louis XIV devant un tableau. Nono s’est carrément foutu du roi : « Le mec, il a des chaussures de gonzesse ! Ah, le bouffon ! » Le pire pour Maillard, c’est qu’une femme lui a demandé si au moins il était bien payé pour supporter ça comme un martyr, elle lui a parlé de sacerdoce… Dire ça à Maillard, le plus anticlérical des profs !
– Chaque année, c’est Nono qui battait le record de colles. Je le vois encore arriver au collège à vélo le mercredi après-midi…
– Oui ! Il racontait à ses parents qu’il allait voir des copains. Il signait les mots à la place de sa mère pour lui éviter de se faire du souci.
– C’est sûr que ça a dû fortement baisser la charge mentale de ses parents. Tous les gamins devraient en faire autant !
– En seconde, en latin, les cours, c’était le soir tard, on était souvent énervés. Alors, M. Solent a dit un jour qu’il avait eu les éloges du provi pour nous supporter. Nono a répondu : « C’est normal ! Asinus asinum fricat ! » Il a eu de très gros problèmes, il a failli avoir un conseil de discipline, lui qui était pourtant un génie en latin !
– Et en philo, en terminale ! Nono avait un vieux magnéto à piles sur les genoux. Il avait enregistré sur une cassette des extraits de discours. Le prof demandait toujours si on avait compris… Alors, tout à coup on a entendu de Gaulle : « Je vous ai compris ! » Et Nono a crié « T’es bien le seul ! » puis silence. J’entends encore le prof demander : « Qui a fait ça ? » Personne n’a balancé, évidemment. Puis on a entendu Churchill répondre en français : « C’est moi Churchill, qui vous parle ! » La tête du prof !
– Trop drôle ! Je crois que les profs ont du mal avec ce genre de bouffons intelligents. C’était un excellent élève sans travailler !
– Moi, continue Pierre, j’étais avec lui à la fac en sciences éco. En 3ème année, Nono a fait un coup pendable ! L’amphi était plein à craquer pour le cours de macroéconomie de M. Benoît Desmaretz. Nono s’était grimé en fille, avec perruque blonde grotesque, robe blanche affligeante et maquillage grossier. Alors que le cours était commencé, il a descendu bruyamment l’escalier en faisant claquer le plus possible ses talons. Desmaretz a arrêté son cours, il était médusé, il a regardé sans rien dire cette grande blonde venir à lui… Nono s’est approché, il a déployé un slip blanc immense qu’il a posé sur le bureau du prof, il a dit à Desmaretz, très haut afin que tout le monde entende : « Tiens, Benoît, t’as oublié ça chez moi hier ! » Fou rire général ! Nono a fui vers la sortie aussi vite que lui permettaient ses talons et sa robe. Desmaretz était fou de rage ! Il a hurlé : « On se retrouvera ! » Nono la grande blonde s’est retourné, il a répondu : « Mais j’y compte bien, Benoît. Tu sais où j’habite ! » Le cours n’a pas pu reprendre ! »
Je ris de bon cœur à cette facétie d’Arnaud que je ne connaissais pas. Je demande à Pierre s’il sait ce qu’il est devenu ensuite. Moi, je l’ai perdu de vue. Pierre prend un air très grave et j’imagine le pire. Puis il me dit :
« Que veux-tu ? Tu connais Nono ? Il a toujours eu la passion d’emmerder les profs alors… il continue ! Il est devenu inspecteur d’Académie ! »
Nono le Pitre inspecteur d’Académie ! Ah ! Quelle bonne blague !